Trois questions à Catherine Rousseau, présidente de RH-Générations, cabinet spécialisé dans le management inter-générationnel
L’entreprise est-elle confrontée à une fracture générationnelle ?
La cohabitation des âges au sein d’un même open space ne provoque pas de conflits insurmontables en soi. Toutefois, du fait de la différence culturelle de ces deux catégories de salariés, le chef d’entreprise peut voir remonter des soucis en termes d’organisation du travail et de management. Les plus jeunes ont un rapport plus distant avec l’entreprise, alors que les seniors se sont souvent épanouis professionnellement dans l’idée de faire carrière dans la même société. Ce décalage d’appréciation de l’environnement de travail entraine inévitablement des différences d’approches qui causent, parfois, des situations d’incompréhension mutuelle. Il faut donc être vigilant à ce phénomène pour que ne se crispent pas durablement les relations entre collaborateurs d’âges différents.
Quels sont les dangers d’une réaction tardive ?
L’écueil majeur est le repli vers ses semblables. Par exemple, un manager junior habitué à obtenir une information instantanément ne se sentira pas forcément à l’aise avec des collaborateurs seniors et pourra avoir tendance à faire appel à de jeunes cadres issus de la même culture. A l’inverse, un manager plus âgé pourrait reprocher un manque d’implication dans le travail à un junior revendiquant son droit à une vie privée. Dans les deux cas, il n’y a pas de volonté de nuire. Ce sont juste deux visions du rapport au travail qu’il faut réussir à faire cohabiter.
Quelles solutions préconisez-vous ?
Je préconise une prise de conscience mutuelle car chaque âge doit apprendre de l’autre. Un jeune manager doit être attentif au fait que le tout technologique n’est pas un environnement naturel pour les collaborateurs seniors. Non pas qu’ils ne soient pas capables d’utiliser logiciels et outils technologiques – il le font tous les jours -, mais que du temps est nécessaire pour maîtriser cette nouvelle communication. Exactement comme pour maîtriser une langue étrangère. De plus, passé à certain âge, l’usure au travail demeure une réalité et la jeune recrue doit être sensibilisée à cela. A l’inverse, les managers avec plus d’ancienneté et habitués à certains schémas de pensée doivent aussi apprendre à se remettre en question, à renouveler leurs idées. La fraîcheur et la franchise de la jeunesse, mais aussi son mode de communication plus horizontal que vertical, peuvent permettre à l’entreprise de revoir ses protocoles de validation parfois vieillissants. Je crois beaucoup aux notions de tutorat et de tutorat inversé. Chacun a quelque chose à apporter à l’autre. Un senior, son expérience et sa connaissance des clients ; un junior, son inventivité et son dynamisme.
Par Sébastien Tranchant,
Source : LEntreprise.com




