Le mécanisme assurance-récolte est la piste en exploration, dans l’espace Uemoa, pour révolutionner le secteur agricole à l’épreuve des aléas climatiques. La Banque ouest-africaine de développement (Boad), qui innove, a fait appel à l’expertise canadienne au travers le consortium AECOM-FADQDI.
« La mise en œuvre d’un mécanisme d’assurance récolte dans les pays de l’Uemoa est un défi réalisable ». Affirmation de Bassary Touré, vice-président de la Boad, qui, pesant bien son mot, relève qu’il y a urgence à mettre en place des services et des produits financiers permettant de sécuriser les activités économiques des filières agricoles dans les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), espace où l’agriculture est l’activité dominante occupant plus de 80% de la population globale de plus de 80 millions de personnes et contribuant à plus de 50% aux PIB. Un signe d’espoir lancé par cette institution financière, pendant que la sécheresse, les inondations de plus en plus récurrentes et les attaques acridiennes sont des facteurs de risques qui fragilisent l’agriculture dans la zone. L’activité agricole est « fortement risquée » compte tenu des aléas climatiques, a relevé M. Touré, trouvant en le mécanisme d’assurance-récolte l’aide pour faire face à ces aléas qui compromettent sérieusement les productions agricoles. Il se persuade que les aléas climatiques, devant être de plus en plus fréquents par leur acuité, exposent plus de 50 millions d’agriculture aux risques de perte de récolte. L’intérêt pour cet instrument, en processus à peine engagé, intervient pendant que la Boad entend doubler ses engagements et que les pays comptant sur le secteur agricole pour émerger, ont focalisé leurs politiques sur la relance agricole pour réduire la pauvreté et combattre l’insécurité alimentaire. Bien entendu, la Boad donne une bonne audience au financement dans le secteur agricole et a récemment accordé un prêt de 4,5 milliards Cfa au projet de complexe agro-industriel de Dekel Oil en Côte d’Ivoire pour l’huile de palme. Aussi, suite à la crise alimentaire en 2008, le Conseil des ministres de l’Uemoa a pris les dispositions pour mettre en place des ressources internes devant permettre le financement de besoins d’urgence et de projets agricoles à moyen terme pour un montant global de 340 milliards Cfa.
Déjà le monde paysan y trouve une main secourable. «Cet instrument est un avantage énorme », perçoit Ibrahim Coulibaly, vice-président du Réseau des organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest, qui déplore que, jusque-là, les producteurs « n’ont rien » en cas d’inondation et de sécheresse. Joie et peine exprimées, alors que les organisations paysannes, producteurs agricoles, partenaires techniques et financiers et institutions de l’Uemoa validaient, le 11 août à Lomé, les résultats de l’étude de faisabilité conduite par le consortium canadien AECOM-FADQDI (Architecture, engineering, conception organisation and management – Financière agricole du Québec développement international).
Une seconde étape est enclenchée et se chargera de la définition des risques climatiques à assurer, de la description détaillée du système d’assurance à mettre en place, mais aussi du rôle de l’institution financière communautaire Boad, de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) et de l’Uemoa. M. Coulibaly a qualifié cet instrument en perspective d’un « pas en avant » et d’un mécanisme qui va permettre aux producteurs d’avoir des revenus. Aujourd’hui dans les pays de l’Uemoa, de la culture du café-cacao et du coton, la propension est forte pour les produits céréaliers dont le riz et aussi pour la culture du palmier à huile et d’autres plantes prisées pour le biocarburant. L’avènement prochain des mécanismes assurance-récolte placera les pays de l’Uemoa derrière les rares pays qui en disposent sur le continent africain, notamment l’Afrique du Sud, l’Ethiopie, le Kenya et le Malawi. Selon Jean-Marc Lafrance, expert de FADQDI et chef de mission sur le projet, les programmes d’assurance-récolte sont réalisables dans les pays de l’Uemoa mais les mécanismes à mettre en œuvre doivent tenir compte de la spécificité de chacun des pays et des caractéristiques de l’agriculture de chaque pays. Il a relevé une grande diversité des composantes de l’agriculture des pays comme un avantage que présente cet espace qui offre le faciès de « trois grandes zones climatiques, huit pays, beaucoup de production ».
Si le secteur agricole en est le grand bénéficiaire, le mécanisme assurance-récolte constitue une mine d’avantages pour les gouvernements, les secteurs bancaire et financier et des assurances. Il apparaît, pour les gouvernements, comme un outil de gestion des risques qui appuie les politiques de développement rural, stabilise les interventions de l’Etat en cas de dommages aux récoltes et réduit les interventions par l’utilisation d’un outil de gestion stable et récurrent. Pour Touré Bassary, le potentiel de développement est énorme dans le secteur agricole des pays de l’Uemoa et il favorise, à cet effet, l’accroissement des activités de crédit agricole par l’augmentation des garanties des producteurs agricoles. Cet instrument stabilise les revenus des exploitants et accroît leur pouvoir d’achat, facilite leur accès au crédit agricole, favorise la diversification des cultures et l’accroissement des rendements de production. A cet égard, et alors que le taux de bancarisation est faible, de l’ordre de 3% dans cet espace, l’assurance-récolte offre, selon M. Touré, des perspectives d’affaires nouvelles pour les secteurs bancaire et financier et aussi pour le secteur des assurances.
Par Olivier Tovor, Lomé
Source : lesafriques.com




