La 6e édition de la Semaine nationale de l’Internet et des autres technologies de l’information s’ouvre ce matin à Ouagadougou. « Le Pays » a rencontré le président du comité d’organisation qui revient sur le choix du thème de cette édition « TIC et commerce ». Une particularité cette année, le 3e forum africain sur les bonnes pratiques aura lieu pendant la SNI sur le thème de la cybersécurité, un chantier sur lequel le Burkina est déjà engagé selon Lamoussa Oualbéogo, secrétaire général du ministère en charge des Technologies de l’information , président du comité d’organisation.
Où en êtes-vous avec l’organisation. Tout est-il prêt pour le démarrage de la semaine ?
Je voudrais tout d’abord remercier votre journal qui est un de nos partenaires dans l’organisation de cette fête. Nous sommes prêts. Les organisateurs ont mis tout en œuvre afin que la semaine se déroule dans de bonnes conditions. Je voudrais vous rappeler que les activités ont commencé depuis le 17 mai 2010 avec le lancement de la Journée de solidarité numérique. Globalement les choses se passent bien. Nous en sommes aux derniers réglages pour le lancement officiel (NDLR : l’interview a eu lieu le 9 mai).
Quels sont les points chauds de la 6e édition ?
La SNI a généralement une articulation précise. Il y a la cérémonie d’ouverture, présidée par le Premier ministre. Ensuite, il y a la campagne d’initiation aux TIC qui nous tient à cœur parce que nous y recrutons de nouveaux usagers de celles-ci. Il y a aussi les conférences publiques et le débat télévisé qui vont traiter du thème sous divers angles et bien entendu la nuit du web qui permet d’évaluer les webmasters et créer la stimulation en matière d’innovation technologique.
Pourquoi le thème « TIC et commerce » dans un pays où l’usage ordinaire de l’Internet n’est pas si développé que cela ?
Vous avez raison. Mais notre département est chargé justement d’amener le maximum d’usagers à s’intéresser aux TIC et surtout à en tirer le meilleur parti. Le MPTIC à travers donc la SNI vulgarise l’utilisation des TIC et surtout travaille à créer les conditions d’un meilleur usage et dans des conditions sécurisées. Nous sommes engagés dans la société de l’information et il est important que le Burkina ne reste pas en marge de cette société qui se construit et se consolide chaque jour. On a l’habitude de le dire. Nous avons raté la révolution verte, la révolution industrielle et il n’est pas question que nous rations celle de la société de l’information. Pour cela, nous devons créer les conditions pour que les populations s’approprient les technologies. Car il n’y a pas d’autres solutions. Les TIC permettent de mieux travailler, d’être productif. C’est un levier du développement. Pour y arriver, nous sommes en train de créer les conditions de son appropriation. C’est pour cette raison qu’à chaque fois, nous trouvons un thème qui est en rapport avec notre vision des TIC au niveau national. Nous avons adopté une cyberstratégie en 2004 composée de cinq stratégies sectorielles (E-éducation, E- santé, E-gouvernement, E-service et E-commerce). Aujourd’hui avec les TIC , il n’y a plus de marché restreint. On peut offrir ses services et acheter aussi partout dans le monde. Nous voulons voir les Burkinabè utiliser ces outils modernes pour améliorer leurs conditions de vie. Notre beurre de karité peut, grâce à la toile, quitter le marché de Ouagadougou pour se retrouver à l’autre bout du monde. Les TIC peuvent créer de la valeur ajoutée et améliorer les conditions de vie et lutter contre la pauvreté.
Vous avez parlé en début d’entretien de l’opération de collecte d’ordinateurs. Que peut-on dire là-dessus ?
Cette année, nous avons innové en lançant la Journée nationale de solidarité numérique. C’était à l’occasion de la Journée mondiale de la société de l’information et des télécommunications, célébrée chaque 17 mai. Sur une période d’un mois, nous attendons collecter des ordinateurs neufs ou d’occasion des structures publiques ou privées afin de nous aider à réduire la fracture numérique. Ces ordinateurs seront mis à la disposition de couches ou de structures qui en ont vraiment besoin au quotidien. Voyez par exemple, les Maisons des jeunes et des femmes, les collectivités territoriales, des centres de santé, voire des écoles en ont fortement besoin. C’est un appui que nous souhaitons apporter à certaines de ces structures. Nous avons reçus des ordinateurs, une soixantaine environ et des structures nous ont fait des promesses. Et l’un dans l’autre, l’opération sera un succès.
Autre innovation cette année, c’est la jonction entre la SNI et le Forum africain sur les meilleures pratiques dans le domaine des TIC ?
Du 11 au 19 juin se tient effectivement la SNI et en même temps nous avons décidé de tenir ce grand rendez-vous africain d’échanges et de partage à cette occasion. Vous savez que c’est une initiative du Burkina Faso. Ainsi, la troisième édition du Forum panafricain sur le partage des meilleures pratiques dans le domaine des TIC se tiendra du 17 au 19 juin. Elle se tient avec l’appui financier de l’Union européenne et avec le soutien de notre partenaire traditionnel, Microsoft, et d’autres partenaires.
Cette année, vous avez choisi comme thème de ce forum, la cybersécurité. Pourquoi ?
L’objectif avec ce thème est de créer la confiance dans l’utilisation des TIC. Les TIC , c’est merveilleux mais ça peut être également très dangereux. Pour nous, il s’agit de voir à travers les expériences des uns et des autres comment utiliser cet outil sans trop de casse. Le Forum dans ce sens est une tribune pour expliquer ce qu’est vraiment la cybercriminalité et comment lui donner une réponse adaptée, comment créer des centres de sécurité pour donner la confiance en l’utilisation des TIC qui se développent très rapidement. Car, si on laisse les cybercriminels prendre les devants, les TIC comme outil de développement sont compromises. Ce serait alors difficile de demander à nos populations d’adhérer si elles n’ont pas confiance en l’outil.
Pour le Burkinabè lambda, la cybercriminalité renvoie à quoi concrètement ?
Communément, quand on parle de cybercriminalité, ce sont les arnaques dont sont victimes les internautes. Des personnes malveillantes font des propositions alléchantes avec toujours le but de vous extorquer de l’argent. Généralement, ce sont des gens qui prétendent avoir hérité de fortunes et souhaitent passer par l’internaute pour entrer en possession du butin. Ce sont des escroqueries courantes. Mais, il y a autre chose également. Les virus qui infectent nos ordinateurs ne sont pas toujours innocents, ils détruisent vos données. Il y a aussi le vol d’identité, et d’informations qui peuvent menacer dans certains cas la paix mondiale. Des personnes malveillantes peuvent paralyser des réseaux entiers. A ce propos, l’Union internationale des télécommunications a fait lors du Sommet mondial de la société de l’information de 2005 une déclaration importante pour dire que la cybercriminalité est un phénomène mondial et qu’il faut le traiter comme tel. Il est donc opportun que l’Afrique se penche sur la question de la cybersécurité afin que les autorités politiques prennent les mesures qui s’imposent afin de créer un climat serein pour l’utilisation des TIC.
Concrètement, que fait le Burkina pour assurer cette sécurité dans l’utilisation des TIC ?
Dans ce domaine, le Burkina ne dort pas. Le MPTIC qui a en charge la mise en œuvre de la politique du gouvernement en matière de TIC a pris des initiatives. Nous avons élaboré une cyberstratégie adoptée en 2004, c’est-à-dire un cadre unitaire d’action dans ce domaine. La cyberlégislation est en finalisation avec 6 grandes lois que nous voulons mettre en place pour organiser le secteur. La loi sur la gestion du nom de domaine de premier niveau .bf est adoptée ainsi que celle sur les transactions électroniques. Les autres sont en cours de finalisation et nous prévoyons la modification de certaines lois existantes pour les adapter au nouveau contexte. C’est ainsi que le code pénal et le code de procédure pénale seront relus. Nous sommes donc en train de mettre en place notre cyberlégislation. Sans oublier le nouveau cadre légal et réglementaire dans le secteur des télécommunications à travers la loi n°61 qui a été adoptée en décembre 2008 et qui a permis la mise en place de l’autorité indépendante de régulation des communications électroniques et celle de nouvelles conditions d’exploitation des réseaux. Nous essayons de mettre en place un dispositif légal et réglementaire pour que les populations soient en confiance. Il y a du boulot. Pour le Forum, nous attendons de hautes personnalités, des bailleurs de fonds, des organisations internationales et de nombreux experts. Ce Forum est placé sous le très haut patronage du chef de l’Etat.
Et pour conclure ?
Je voudrais inviter les populations à prendre d’assaut les centres d’initiation et les salles de conférences, à participer massivement. C’est la fête de l’Internet, c’est à elles que l’édition s’adresse.
Propos recueillis par Abdoulaye TAO
Source : lepays.bf




