Voici un avis de recrutement que j’ai lu dernièrement dans les colonnes d’un journal de la place (ne cherchez à le trouver que si vous êtes fou) : « Avis de recrutement : Une rue de Ouaga 2000 cherche pour recrutement afin de renforcer ses folles ressources humaines, des fous professionnels. Profil : n’avoir jamais séjourné dans un centre psychiatrique, n’être pas de folie douteuse et justifier d’une expérience professionnelle de 10 ans dans un poste similaire ». Je remplis les deux premières conditions. Mais je n’ai jamais squatté une rue de Ouaga 2000.
Pourtant, j’ai bien envie d’y aller. Voilà sans doute le dilemme auquel sont confrontés tous les jeunes chômeurs du Faso. La majorité des avis de recrutement qui paraissent dans les journaux, demandent au minimum une expérience professionnelle de deux ans. Pourtant, les Burkinabè sont jeunes et nombreux viennent de sortir des écoles de formation. Comment peut-on demander à un étudiant qui vient juste d’avoir une maîtrise en droit de justifier de 5 ans d’expérience s’il n’a même pas encore pu faire un bon stage ? Devra-t-il attendre 5 ans avant de trouver un emploi ? Et d’abord, dans quelle entreprise trouvera-t-il ces années d’expérience si toutes les entreprises ne veulent pas de débutant ? Et voilà que l’expérience professionnelle se met à tuer l’emploi et à nourrir le chômage.
Elle tue l’emploi dans la mesure où c’est finalement une poignée de privilégiés qui volent d’emploi en emploi au détriment de la grande masse. Une sorte de recyclage continuel de ceux qui ont ces années d’expérience pendant que les nouveaux diplômés piaffent à la porte de l’emploi, se débattant dans l’enfer du chômage. Il est donc temps qu’on trouve des solutions. Mais d’abord, il faut situer le problème. Est-ce la faute des recruteurs ? On peut difficilement leur en vouloir de chercher à recruter un personnel de qualité et immédiatement opérationnel, quand on sait qu’il y a des postes de responsabilité qu’un débutant ne pourrait assumer. Mais je peux me donner le droit de condamner les recruteurs qui publient des avis de recrutement fantaisistes où ils demandent des candidats qu’ils ont déjà et qu’ils ont même commencé à payer.
La responsabilité peut donc être ramenée du côté de l’Etat et du système de formation. L’Etat qui ne fournit peut-être pas assez de moyens pour recruter les nouveaux diplômés et le système de formation qui déverse sur le marché des messieurs et dames qui, comme des engoncés dans une camisole, ne savent que faire pour se trouver un emploi. Cela dit, il faut trouver des solutions à ce problème. Je me lance en proposant d’abord aux recruteurs de revoir leur copie et revoir à la baisse ou de façon moins rigide la longueur de l’expérience. De plus en plus, les écoles de formation associent théorie et pratique, cours magistraux et stages pratiques. De sorte qu’à leur sortie, les étudiants ne sont plus aussi démunis qu’auparavant. Ensuite, je vais justement demander de revoir les systèmes de formation, surtout dans les établissements publics. Et si on formait de plus en plus des Burkinabè qui auront vocation à s’auto-employer au lieu des fonctionnaires qu’on fabrique actuellement dès l’école primaire ? La réflexion mérite d’être approfondie. Enfin, à l’Etat, je vais lui demander de trouver des moyens qui encourageront les entreprises à recruter les nouveaux diplômés.
Ce qui pousse certaines entreprises à ne pas recruter les jeunes, ce sont les charges patronales mises en balance avec le risque que le débutant ne réussisse pas la mission qu’on lui confiera. Elles préfèrent alors recycler leurs ressources humaines déjà présentes. Je propose qu’on institue une sorte de contrat premier emploi qui permettra aux entreprises de recruter en nombre des jeunes diplômés. Ils pourront travailler pendant deux ou trois ans et au bout, même si l’entreprise décide de s’en séparer, ils auront au moins eu le sésame qui leur permettra de postuler ailleurs. En contrepartie, l’Etat décharge les entreprises de certaines taxes et impôts. C’est une solution parmi tant d’autres. Alors, mettez-vous à la tâche afin que ceux qui viennent fraîchement d’embrasser le sacerdoce de la folie, puissent aller à Ouaga 2000.
Le Fou
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