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BICIAB : les effets collatéraux d’un détournement

Vingt cinq millions six cent quatre
vingt mille trois cent cinquante
francs (25 680 350), c’est la somme
qu’a détournée le caissier principal
de l’agence BICIAB de Bobo-
Dioulasso. Dans un rapport d’aveu,
il explique comment il s’est retrouvé
dans une spirale qui l’a conduit dans
cette impasse. Le contrôle interne
diligenté le 23 janvier dernier par
deux responsables de l’agence
confirme en effet le détournement.
Ce qui fait polémique, ce sont les
effets collatéraux de l’affaire. Dans
ses explications, le caissier principal
impute au titulaire de la caisse N°2
un manquant de trois billets de
10 000F dans un paquet de 1000
billets de 10 000F remis dans le
cadre d’une passation de fonds. Le
problème, c’est que le titulaire de
caisse N°2 ne reconnait pas les faits.
Comme preuve pour le confondre,
une étiquette apposée sur une liasse
de billets. Suffisant aux yeux de la
direction de la banque pour engager
une procédure de licenciement.
Contactés dans le cadre de cet écrit,
les responsables de la banque n’ont
pas souhaité s’exprimer en
l’absence du directeur général en
congé.

L’affaire serait peut-être
passée inaperçue si la
victime ne s’appelait pas
Mohamed Sidi Guigma,
le délégué de personnel
dont le cas avait déjà été évoqué dans
L’Evénement N° 210 du 25 mai 2011.

Dans une lettre adressée récemment au
directeur régional du Travail et de la
Sécurité sociale des Hauts Bassins, M.
Guigma explique : «Tout cet
acharnement est lié au fait que je suis
un délégué du personnel. C’est depuis
que j’occupe ce poste que je vis
pareille situation (…) Je situe le début
de ce processus en liaison avec la mise
à pied de 8 jours que la BICIAB m’a
infligé pour être tombé malade malgré
le fait que tous les justificatifs lui ont
été apportés (certificat médical,
ordonnance et frais médicaux). Cette
mise à pied a été contestée auprès de
votre structure où un avis favorable de
levée de mise à pied donné par
l’inspection régionale de BOBO
DIOULASSO n’a pas été suivi par la
BICIAB. Un procès-verbal de non
conciliation a donc été établi à cet
effet. Ensuite, j’ai effectué un recours
auprès du tribunal du travail dont
l’affaire est en instance de jugement.

Après cela, j’ai été l’objet d’une
évaluation qui devait intervenir en mai
2011, mais compte tenu de ma tenue de
délégué indésirable, j’ai été notée très
tardivement 4 mois après. Une
contestation de notation a été envoyée
à la Direction générale qui s’est
soldée par un blâme qui a pris effet le
06/12/2011 et qui a expiré en janvier
2012.

Le point culminant des sanctions
intervient actuellement à la suite de
deux suspensions et d’une décision
verbale de licenciement prononcée par
le Directeur général à l’issue d’un
conseil de discipline qui s’est tenu le
08/02/2012 ».

Le prétexte du licenciement

Monsieur Drabo Idrissa Dikier,
caissier principal à l’agence BICIAB
de Bobo-Dioulasso, est l’objet d’une
enquête, suite à l’aveu de
détournement qu’il a lui-même rédigé
à l’intention de son directeur. Dans les
explications fournies à sa hiérarchie, il
décrit l’engrenage dans lequel il s’est
retrouvé : « Depuis que j’ai demandé à
être affecté à Bobo-Dioulasso,
demande accordée par le directeur
général qui n’a décidé de prendre en
charge que le transport de mes
bagages, ma famille étant restée à
Ouagadougou pendant au moins
quatre mois, j’ai connu assez de
difficultés financières car obligé de
gérer deux familles(…) Je me suis
retrouvé dans une situation
d’endettement auprès de quelques
connaissances à tel point qu’ils étaient
en droit d’être exigeants sur le
remboursement. N’ayant plus de
quotité cessible pour demander un
prêt à ma banque en tant qu’agent,
j’ai eu la malicieuse idée de vouloir
faire une affaire rapide dont je
profiterais des bénéfices pour
résoudre nos problèmes financiers et
retourner l’argent où je l’aurais pris
donc dans ma caisse. J’ai pensé payer
de l’or pour une quantité d’un kilo,
quantité sur laquelle j’étais sûr de
réaliser un bénéfice d’à peu près deux
millions en une seule opération
d’achat et revente… J’ai commencé à
me servir dans ma caisse au fur et à
mesure pour atteindre le montant de
25 650 000, ce qui correspondait au
prix d’un kilogramme d’or… »

L’orpailleur contacté par M. Drabo
aurait, aux dires de ce dernier,
commencé à lui livrer successivement
en deux fois, des quantités moyennes
de cent grammes d’or. Puis s’est mis à
menacer d’interrompre si M. Drabo
continuait à le fatiguer pour de si
petites quantités. «Je pris alors le
risque de lui verser le reliquat pour
atteindre un kilo… Ma déception fut
grande depuis cette même nuit, écrit
M. Drabo, car je n’ai plus eu de ses
nouvelles…».

Cette version est cependant contredite
en partie par les faits. En effet, le 28
janvier 2012, la Gendarmerie
annonçait au directeur de l’agence
BICIAB de Bobo que la somme de 14
millions ainsi que 200 grs d’or avaient
été récupérés au domicile de M.
Drabo. La curiosité dans cette affaire,
c’est le fait que la direction ait choisi
de faire confiance aux déclarations à
charge de M. Drabo contre Mohamed
Sidi Guigma. S’il a menti sur la
destination de la somme volée, ne
pourrait-il pas mentir aussi contre
Guigma ? Quelles sont en effet les
preuves qu’il dit cette fois la vérité ?
M. Drabo présente une étiquette collée
sur les liasses de billets et une note non
signée de demande de passation de
fonds que le mis en cause lui aurait
adressée. Mais ces preuves ne sont pas
irréfragables de l’avis d’un cadre de
banque connaisseur des procédures en
vigueur dans les opérations de caisse.
En effet, sauf si on apporte la preuve
du contraire, rien ne dit que l’étiquette
n’a pas été apposée par quelqu’un
d’autre. En plus, il se trouve que cette
étiquette dont on se sert pour accabler
M. Guigma concerne plutôt des billets
de 5000 au lieu de 10 000 comme le
prétend son accusateur. Si tant est que
la pièce incriminée soit réellement de
M. Guigma, on devrait plutôt parler
d’un manquant de 15 000 au lieu de
30 000F. Malgré ces éléments pour le
moins troublants, le rapport d’enquête
affiche curieusement une certitude
absolue quand à la culpabilité de M.
Guigma. En voici un extrait : «les
vérifications internes opérées dans le
cadre de cette affaire ont permis de
mettre en évidence des pratiques
douteuses, voire frauduleuses et dans
tous les cas contraires aux
instructions de la Banque, au centre
desquelles se trouve M. Guigma. Il ne
fait aucun doute que celui-ci
demandait régulièrement à M. Drabo
d’accepter des passations de fonds
avec des billets manquants ou de lui
donner sans comptabilisation des
billets dans le but de couvrir une
erreur de caisse lors d’un contrôle,
soit de couvrir un détournement de
fonds dans sa caisse pour ses propres
besoins… En plus des déclarations de
M. Drabo, il est facile d’établir que
l’étiquette qui a été apposée sur la
liasse de billets de X0F 10 000
incomplète, ainsi que le billet
demandant de couvrir un contrôle de
caisse ont été écrits de la main de M.
Guigma.» Et justement qui est-ce qui
certifie que les écrits sont vraiment de
la main de M. Guigma ? Et quand
l’intéressé nie les faits, ne reconnaît
pas son écriture et parle d’une
imitation dans le but de nuire, doit-on
se contenter de lui opposer la mise en
action d’une procédure de
licenciement ? Cet empressement à
mettre M. Guigma à la porte dont on
sait qu’il fut un des animateurs de la
lutte sociale de 2010 en sa qualité de
délégué de personnel ouvre la porte à
toutes les supputations. En particulier,
celle bien tenace de la détermination
des responsables de la banque à bouter
dehors tous ceux qu’ils considèrent
comme des empêcheurs de tourner en
rond.

Les 400 millions ont-ils inspiré
M. Drabo ?

Dans la conclusion de son rapport
d’aveu, M. Drabo évoque un détail
troublant : «Je vous renouvelle toutes
mes excuses et vous rappelle aussi que
cette manoeuvre m’a assurément été
inspirée par la pièce jointe en copie
que je ne souhaiterai jamais être entre
les mains de la presse». De quelle
pièce jointe disposerait l’ancien
caissier central à la direction générale
de la BICIAB que la presse ne devrait
jamais voir ? D’aucuns allèguent que
cette pièce jointe pourrait bien n’être
que le fameux CA120 portant
décharge des 400 millions que
Monsieur Jean Louis Nespoux,
secrétaire général de la BICIAB, a
retiré le 28 avril 2010 ainsi que nous
l’écrivions dans notre édition n° 210
du 25 mai 2011. En évoquant cette
pièce, M. Drabo espérait-il quelque
indulgence de la part de la direction de
la banque qu’il croit pouvoir tenir à la
gorge avec cette pièce ultra sensible ?
On remarquera que le rapport de
l’enquête interne parait plutôt clément
tant dans le ton que dans ses
conclusions envers M. Drabo. Par
contre, le ton est volontiers plus
véhément et accablant quand il s’agit
de Mohamed Sidi Guigma. Et
pourtant, ce dernier n’est que coupable
de détournement (si détournement il y
a) de la somme de 30 000F. Quoiqu’il
en soit, les carottes étaient cuites pour
M. Guigma comme le laisse voir la
conclusion du rapport
d’enquête : «Entré à la banque mi
1999, il convient de rappeler qu’il a
fait l’objet durant toute sa carrière de
sanctions diverses. Pour l’année 2011,
on peut citer en février sa traduction
devant le conseil de discipline pour
une absence irrégulière qui lui a valu
une mise à pied et de sérieuses mises
en garde et en décembre une lettre de
blâme pour manque de respect envers
sa hiérarchie.» Nous avons déjà
évoqué le fait de maladie dûment
confirmée qui lui a valu en février sa
traduction en conseil de discipline. Le
blâme lui a été infligé parce qu’il a
contesté sa notation, ce qui est
aujourd’hui un droit reconnu à tout
travailleur. Au titre des sanctions
diverses, on peut ranger son
affectation punitive à Bobo suite à la
grève de 2010. On voit bien à quelles
conditions les travailleurs de la
BICIAB devront désormais se
soumettre pour garder leur emploi. Il
est regrettable que les lois sociales
garantissant les droits des travailleurs
ne soient pas rigoureusement
protégées par l’Etat quand celles-ci
n’ont de cesse d’être violées par des
patrons peu scrupuleux.

Par Germain B. Nama

La procédure de passation de fonds
Dans le souci de sécuriser les fonds, une caisse centrale a été créée
dont la principale mission consiste à recevoir des caisses auxiliaires
et des agences les excédents de fonds en vue d’un dépôt sur le
compte de la BICIAB ouvert auprès de la BCEAO ou à approvisionner les
caisses auxiliaires selon les besoins du jour. Les caissiers auxiliaires sont
autorisés à garder en caisse une somme d’un certain montant. La passation
des fonds au caissier central consiste à lui transférer l’excédent de trésorerie
de la caisse auxiliaire. Cette opération est faite à l’initiative du caissier
auxiliaire. Le versement se fait au moyen d’une pièce régulière de passation
indiquant de manière précise sur la fiche : le détail des espèces versées à la
colonne « espèces versées », le total des espèces versées, le numéro de la
caisse, la date de l’opération, la pièce comptable revêtue de la signature du
Chargé de Service clientèle reprend le montant total de la passation
A la réception de la fiche de détail et de la pièce comptable, le caissier
central procède à la reconnaissance des espèces, contresigne et remet le
premier feuillet du CT 8010 ( pièce débit) au chargé des services clientèle
pour la saisie dans son lot. Enregistre l’opération par la saisie du deuxième
feuillet du CT 8010 (pièce crédit) à la caisse centrale. Il faut noter que le
caissier central est tenu par les procédures de caisse de vérifier les fonds
devant le caissier auxiliaire en vue d’en déterminer l’exactitude des
montants déposés. S’il ne le fait, il devra endosser seul les conséquences.
Source : Direction de l’organisation de la BICIAB

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