« On est mieux servi que par soi-même « , dit un dicton. Ce qui se passe entre les habitants de Karentenga dans le Bam et Mme Guembré Maïmouna illustrerait cet adage. Madame Guembré est une ingénieure métallurgiste. En 2001, elle était employée à la société minière GEP (Gansomré Emile Patoin) à Karentenga dans le département de Guibaré. En juillet 2006, elle devient propriétaire du site suite au décès de M. Gansomré. « La femme de Gansomré m’a demandé de faire la demande d’autorisation d’exploitation artisanale du site à mon nom pour continuer de gérer la mine « , explique-t-elle.
L’autorisation d’exploitation signée par Séka Ky en date du 5 juillet 2006 dit ceci : » (…) vu la demande de Madame Guembré Maïmouna en date du 19 avril 2006. Il est accordé une autorisation d’exploitation artisanale traditionnelle pour l’or sur le site de Karentenga dans le Département de Guibaré, province du Bam, à Madame Guembré Maïmouna ». D’une durée de 2 ans, elle a renouvelé deux fois de suite (en 2009 et 2011) son autorisation d’exploitation conformément aux règles qui régissent le secteur minier au Burkina. En 2010, elle procède à la construction de trois salles de classe pour la normalisation de l’école du village (l’école du village était de 6 classes dont trois en paillote). « J’ai voulu avec les villageois faire quelque chose en commun et dans l’intérêt de tous « , précise-t-elle. Cependant, courant 2011, des tensions ont commencé entre elle et les villageois. Alors que l’autorisation d’exploitation était toujours valable et a même été renouvelé conformément à la législation en matière de mine, le Comité villageois de développement (CVD) qui n’a aucun titre minier en son nom a décidé de la mise en vente des rejets d’orpaillage se trouvant sur le périmètre de l’autorisation d’exploitation de Madame Guembré pour renflouer sa caisse. Mme Guembré leur dit : » j’avais pensé à une maternité pour le village « .
Le CVD n’entendait pas les choses de cette oreille, » il voulait l’argent en liquide pour disposer comme bon leur semble « . Au regard de la situation nationale d’alors, l’autorité de l’Etat étant mise en mal, elle décide de collaborer avec les villageois, notamment les membres du CVD. Mais les villageois ne sont pas favorables à la collaboration. Mme Guembré leur demande de proposer une somme à laquelle elle doit payer les rejets aurifères. Ils proposent 300 millions de FCFA. De négociation à négociation, les villageois exigent 120 millions à prendre ou à laisser alors que Mme Guembré propose entre 18 à 20 millions. La proposition des 20 millions de FCFA a été soufflée par un certain Ouédraogo Amidou communément appelé Kankouda, un orpailleur et fils du village selon l’option d’une éventuelle collaboration dans le travail des rejets. Dans cette situation, Guembré Maïmouna a été voir le chef du village, Ouédraogo Bobodo Boureima, pour demander aide. Celui-ci aurait répondu ainsi : » tu es notre fille. Si quelqu’un d’autre vient proposer 30f et toi 27f, on retient ta proposition ». Sous l’angle d’une éventuelle collaboration entre Mme Guembré et Amidou, celui-ci devait convaincre ses parents à accepter l’offre des 20 millions. Après consultation de ses parents, le sieur Amidou revient en ces termes : « ils ont accepté la proposition à 25 millions de FCFA « . Là où le bât va blesser, ce dernier décide de payer les 25 millions et de travailler seul. Une décision qui aurait la bénédiction du chef du Village : « on a décidé de vendre les rejets aurifères à notre fils Amidou. Il faut collaborer avec lui », s’est ainsi exprimé le chef. « Chef, vous avez oublié ce que vous m’avez dit la dernière fois ? » questionne Mme Guembré. « Faut pas comparer 20 et 25 frcs », aurait répliqué le chef. Malgré l’intervention des autorités administratives de la localité et d’une mission diligentée par le ministre en charge des mines le 02 août 2011, » les villageois ne veulent pas entendre raison « . Dans ce climat orageux et dans l’espoir que la situation va se décanter le plus tôt possible, Mme Guembré a introduit le 12 août 2011 une demande de permis d’exploitation semi-mécanisée d’or de Karentenga auprès du ministère en charge des mines. Le 27 décembre dernier, le ministre Salif Kaboré donne son accord. Mais les villageois de Karentenga s’y opposent.
La situation s’est envenimée lorsque dans la nuit du 17 au 18 février 2012, Habibou Sawadogo, une femme du village, a perdu la vie accidentellement en tombant dans un puits d’orpaillage. Elle se serait rendue nuitamment avec d’autres femmes pour voler du minerai lorsqu’elle prit peur de la patrouille des vigiles. Madame Guembré a dû quitter le site sur conseil des forces de sécurité. Elle interpelle ainsi le ministère des Mines avec la collaboration de celui de la Sécurité de prendre des mesures idoines afin qu’elle puisse jouir de ses droits de détentrice du site. Animées (les populations) d’une volonté « d’appropriation du site », elle demande aux autorités compétentes de dépêcher une équipe pour leur expliquer les textes et les faire respecter afin de mettre fin aux troubles.
Basidou KINDA (Stagiaire)
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