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L’importance des réunions entre associés

« La qualité des réunions et leur fréquence sont des paramètres significatifs dans la réussite d’une société », affirme Jacques Fischer, professeur à l’Université de Bretagne Sud. L’enquête commandée par les relais médiation des départements 56, 44 et 85, et réalisée par quatre de ses étudiantes en gestion des ressources humaines visant à détecter les raisons amenant à une séparation ou non, dans les deux premières années, au sein d’une société agricole, le démontre. « La différence est flagrante. Plus les réunions sont fréquentes, moins il y a de séparations ». Dans les sociétés dissoutes, les associés se réunissaient bien moins souvent que dans celles qui perdurent. « Au moins une fois par semaine, dans l’idéal, autour d’un moment convivial », estime-t-il. « Un moment où les associés se parlent et échangent des problèmes rencontrés ».

Contagion sociale

Le suivi de formations en relations humaines semble également un facteur de réussite, par l’ouverture d’esprit qu’elles procurent. « Apprendre à se mettre à la place de l’autre, savoir comment se comporter, organiser le travail du groupe ». Moins surprenant, la diversité des productions, où chacun a son propre domaine à gérer, est un paramètre favorable à la pérennité de la société. « Le sentiment d’utilité », interprète le psychologue.

Le mode de prise de décision est un paramètre significatif. « Les séparations sont plus nombreuses lorsque les décisions sont prises par une seule et même personne ». Le fait d’être contraint dans ses choix entraîne une rupture au sein de la société. De même, l’engagement quasi contraint d’un associé accentue les risques de dissolution : « l’opportunité pour un frère de revenir sur la ferme, l’accès facilité à des prêts bancaires pour investir en installant un fils ». L’enquête montre également le processus de reproduction des attitudes. La tendance est faible, mais réelle. Quand une dissolution a déjà eu lieu dans l’entourage (voisinage), il y a davantage de séparations. « C’est le même phénomène pour les mariages, les Pacs ou les divorces. La personne concernée veut convaincre qu’elle a fait le bon choix. Elle informe son réseau des avantages de ce qu’elle vient de faire ». La prise de décision est ensuite plus facile pour les personnes qui se retrouvent dans la même situation. « On appelle aussi cela la contagion sociale ».

En famille ou entre tiers

D’autres variables semblent, au contraire, ne jouer aucun rôle dans le bon fonctionnement ou non de la société agricole.

Le lien entre associés (famille ou tiers) n’a aucune incidence. Leur nombre non plus. « La situation familiale (célibataire ou couple) mériterait une étude
plus approfondie. Notre enquête ne démontre rien à ce niveau ». La taille de l’exploitation, la forme juridique et la présence ou non de salariés n’influent pas plus sur la pérennité des sociétés. D’autres facteurs n’ont pas été évoqués dans l’enquête : l’influence des parents retraités, des conjoints travaillant à l’extérieur ou la greffe sur un groupe existant.

De cette étude, et des propos tenus spontanément par les agriculteurs interrogés, il ressort également qu’une période de travail en commun avant l’association est souhaitable, qu’il faut prendre du temps pour identifier les attentes et déterminer les objectifs de chacun au niveau professionnel. Qu’il faut enfin échanger sur les projets personnels de vie. Les enjeux sont importants. La société agricole entre associés devient le modèle dominant, en production laitière notamment. Un modèle à plusieurs patrons, où les décisions doivent être collégiales. Un modèle fragile qui explique sa quasi-absence dans les autres secteurs d’activité.

Bernard Laurent

Paysan-breton.fr

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