L’école, comme on le sait, n’est pas forcément un gage sine qua non de réussite pour un homme, et ils sont nombreux chez nous ceux qui sont parvenus à leurs fins dans tous les secteurs d’activités, sans posséder de bagage intellectuel au sens académique du terme. En la matière, feu Oumarou Kanazoé, Djanguinaba Barro, et autres Amadé Bagrin Ouédraogo, Salifou Deré pour ne citer qu’eux, en sont l’illustration la plus parfaite. Mais si vous en doutiez encore, eh bien, un autre exemple, tout aussi patent, est celui d’Apollinaire Timpiga Compaoré, le président du Conseil d’Administration de Telecel Faso et patron d’autres sociétés de la place. Et n’allez pas croire qu’il a hérité de ses parents. Orphelin de père dès l’âge de 5 ans, Apollinaire affirme qu’il doit sa réussite à son étoile qui lui a même permis de sortir victorieux du feuilleton judiciaire qui l’opposait au groupe Etisalat. Amoureux du sport-roi et sympathisant de l’Etoile filante de Ouagadougou (EFO), à 59 ans il voit encore grand et envisage de conquérir la présidence de la Chambre de commerce. L’histoire de cet homme a commencé à 12 ans et, au regard de sa persévérance dans le travail, il constitue un modèle pour la jeunesse.
M.Apollinaire Compaoré, on vous présente comme un homme d’affaires ayant la réputation de transformer tout ce qu’il touche en or. Peut-on dire que vous êtes né sous une bonne étoile ?
Je crois que sur la terre tout être créé par Dieu a sa chance. Dès le berceau, Il veille sur chacun de nous à l’image de nos ancêtres. Personne ne peut savoir ce qui arrivera demain si ce n’est Dieu. Votre question est très profonde et je ne peux pas dire que je suis quelqu’un de spécial. La bénédiction de Dieu est réelle ; et quand une étoile brille, c’est incontestablement son œuvre.
Vous prononcez le nom de Dieu à chaque fois comme un saint homme. Il en est sûrement de même dans vos prières !
La prière que nous connaissons commence par Notre Père. Dieu est juste et bon, et l’invocation du Créateur est plus que tout.
Telecel Faso, dont vous êtes le président du Conseil d’Administration, a traversé une période difficile suite à un feuilleton judiciaire qui l’opposait à un Groupe dénommé Etisalat. Comment avez-vous vécu cette situation qui a finalement tourné en faveur de votre société ?
Cette situation, nous l’avons vécue difficilement. Mais grâce à Dieu, tout s’est bien terminé pour nous. Quand nous avons eu gain de cause après le jugement rendu au Burkina, les mauvaises langues disaient que c’est parce que c’était chez nous. Mais Dieu a voulu qu’on gagne également ce procès en Côte d’Ivoire et en France. Pour nous, cette victoire judiciaire nous réhabilite de même que la justice burkinabè, qui avait réellement dit le droit.
Quel était exactement le problème ?
Au départ, j’étais avec Atlantique Télécom, qui avait organisé une fausse assemblée générale pour dire que je n’étais pas actionnaire. J’ai saisi la justice qui a battu cela en brèche. La Cour d’Appel de Ouagadougou, qui a confirmé le 27 février 2008 que j’étais bel et bien actionnaire d’Atlantique Télécom, a purement et simplement annulé la décision qui avait été prise lors de la prétendue assemblée générale.
Ensuite, j’étais à Abu Dhabi le 18 septembre de cette même année où nous avions trouvé un accord avec Etisalat et le problème semblait définitivement réglé. Mais, à ma grande surprise, le lendemain, cette structure remettait en cause l’accord alors qu’il avait été remis aux autorités burkinabè. Le dossier, pour moi, était clos ; et comme il prenait une autre tournure, je me suis dit que j’irais aussi jusqu’au bout.
Le 29 juin 2011, à Paris, le Tribunal de Grande Instance déclarait exécutoire le jugement rendu par le Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou confirmé par la Cour d’Appel à Ouagadougou et la Cour Commune de Justice et d’arbitrage de l’OHADA, lequel avait prononcé l’exclusion d’Atlantique Télécom du capital de Telecel Faso. Une autre décision avait été prise par la justice française le 17 janvier 2012 qui annulait la sentence rendue en faveur d’Etisalat par un tribunal arbitral sous l’égide de la Chambre de Commerce international. C’est après tout cela que Planor Afrique détenait désormais en totalité la paternité des actions de Telecel Faso.
Aujourd’hui, comment se porte l’institution que vous avez reprise en main ?
Je remercie Dieu, qui n’aime pas l’injustice et protège ceux qui sont brimés.
Quand on reprenait Telecel Faso, on avait plus de 263 000 abonnés et, aujourd’hui, ce chiffre a considérablement évolué. Je profite de cette occasion pour remercier mes collaborateurs, le DG de Telecel Faso et l’ensemble du personnel. Chaque jour qui passe, chacun à son niveau s’investit pour que nous puissions avancer dans un environnement où nous sommes présents avec d’autres opérateurs.
Il y a aussi les clients, que je félicite, car c’est grâce à leur fidélité que nous sommes toujours là ; nous continuerons à travailler pour les satisfaire. Je n’oublie pas non plus les grossistes, qui ont aussi nos encouragements.
Apollinaire Compaoré a-t-il un sport de prédilection ?
Oui. C’est le football. Ce sport me plaît beaucoup et quand je suis un match de foot, il m’arrive d’applaudir les gestes techniques. L’ambiance dans les tribunes m’enchante et j’apprécie les supporters qui savent encourager leur équipe.
Avez-vous pratiqué le foot ?
J’ai un peu joué au foot avec des amis d’enfance. Mais ce n’était pas pour aller loin (rires). Pour moi, c’était un passe-temps et une façon de montrer que je savais aussi jouer au ballon.
C’était où ?
C’était à Ouaga, au Km-4 ; les anciens connaissent le lieu (NDLR : sortie sud de la ville). Nous nous retrouvions là-bas pour jouer, et il y a des souvenirs qu’on n’oublie pas.
Quel club supportez-vous au Burkina ?
Je suis un sympathisant de l’Etoile filante de Ouagadougou (EFO) et j’en suis membre du Conseil d’Administration.
Votre amour pour ce club remonte à quand ?
C’est depuis 1968, quand je suis venu à Ouagadougou. J’ai choisi ce club parce que son nom commence par une étoile. C’est pour cela que je disais que chacun sur cette terre a son étoile. Dieu a tout tracé avant la création et il était écrit que je supporterais cette équipe. (NDLR = Sur ce, il nous pose ces questions) :
- «Mais vous qui me posez cette question, votre étoile, ce n’est pas cette équipe ?»
- Mon étoile m’a guidé vers les Etalons.
- «Vous voyez, Dieu est toujours présent, et personne ne peut détruire son œuvre».
On imagine que, comme la plupart des Burkinabè, vous avez suivi les matches de la CAN 2012, coorganisée par le Gabon et la Guinée équatoriale. Comment avez-vous ressenti l’élimination des Étalons au premier tour ?
Comme ceux qui portent l’équipe nationale dans leur cœur, j’étais surpris par les résultats parce ce que je sais qu’ils avaient fait un bon parcours lors des éliminatoires.
Le peu que j’ai vu à la télé me permet d’affirmer qu’on avait des adversaires solides. Bon, ça n’a pas marché, et je me dis qu’avec le travail nous finirons un jour par progresser. Soyons patients, je suis sûr que Dieu a placé une étoile quelque part et que le moment viendra pour nous. Il ne faut jamais être pressé quand on entreprend quelque chose. Dieu sait ce qu’il fait, continuons donc de soutenir l’équipe, qui fera un jour des merveilles.
Mais, en attendant que cela arrive, j’ai toujours dit à des amis que ce qui nous manque, c’est la formation. Pour le peu que je sais, au Burkina, nous avons des jeunes qui sont talentueux, mais il leur faut un cadre pour bien apprendre. Les centres de formation sont importants parce qu’on y acquiert les rudiments du football. Nos jeunes peuvent faire ce que font les autres, et ce n’est pas compliqué. Je suis certain que si on met l’accent sur les écoles de foot, le Burkina pourra un jour remporter la CAN comme la Zambie.
Un championnat des écoles de foot peut donner quelque chose. Si les meilleurs sont retenus et envoyés régulièrement en stage en Europe, vous verrez que les résultats pourraient changer. Ceux avec qui j’échange quand je ne parle pas affaire me disent que chez nous on «coupe» l’âge des joueurs. Je crois que ce n’est pas l’idéal parce que nous nous leurrons.
Pendant que les autres forment, nous faisons autre chose, alors que si nous conjuguons nos efforts à travers la formation, on parlera du Burkina dans un proche avenir.
Il y avait une école de foot au Burkina dénommée Planète Champion, qui a formé des jeunes ici, lesquels ont fait leurs preuves dans des tournois africains et même en Europe. Le fondateur (c’est un Français) s’appelle Philippe Ezri, et il a eu des difficultés financières pour continuer ce qu’il a entrepris. En partant, il cherchait un repreneur, mais personne ne s’est manifesté. Apollinaire, qui est un amoureux du foot, n’était-il pas au courant ?
C’est vous qui me l’apprenez. Vous savez, je voyage beaucoup dans le cadre de mon travail ; et ce n’est pas toutes les informations qui me parviennent. Quand je suis de retour, des dossiers m’attendent. C’est dommage que cette école ait dû fermer car on aurait pu faire quelque chose pour soutenir le fondateur. Quand quelqu’un vient de loin pour vous aider avec un projet alors qu’il aurait pu aller ailleurs, ça signifie beaucoup de choses. On ne pouvait sauver la situation qu’à travers un soutien fort, avec des propositions concrètes.
Si vous l’aviez su, auriez-vous été partant pour reprendre Planète Champion ?
Franchement, je ne peux pas vous dire que je me serais engagé. Votre question me rappelle d’ailleurs un entretien avec quelqu’un qui m’avait parlé d’un tel projet.
J’attends de connaître le dossier à fond et de voir ce que nous pouvons faire pour aider les jeunes. C’est pour le bien du pays, et le Burkina peut devenir une grande nation de football.
Est-ce à dire que vous projetez de mettre en place une école de foot ?
Je suis en discussion avec quelqu’un, et nous menons la réflexion. L’idée est bonne, et un tel projet demande une étude sérieuse. Je suis très pris par mes occupations, mais cette personne aura le temps de s’en occuper si le projet voit le jour.
La personne dont vous parlez est-elle un technicien d’un pays européen ?
C’est un homme d’un contact agréable et il est Burkinabè.
Comment s’appelle-t-il ?
Le projet n’a pas encore pris corps, et je préfère qu’on attende quelque temps. Le moment venu, vous saurez tout et peut-être que vous collaborerez avec nous. Ce n’est pas mon domaine, et je préfère confier un tel projet à un technicien chevronné. C’est une question de temps, et il sortira de l’anonymat quand l’étoile le décidera (rires).
On reproche souvent aux opérateurs de téléphonie mobile au Burkina de ne pas soutenir le sport national comme le fait Orange en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays. Telecel Faso n’est-il pas tenté par cette expérience pour faire connaître davantage son image en parrainant par exemple le championnat national ou les Étalons seniors ?
Je voyage beaucoup, et je sais qu’en Europe des sociétés ont des contrats de sponsoring avec telle ou telle équipe sportive. Je conviens avec vous qu’effectivement on vend son image et en même temps on fait œuvre utile. Mais après ce feuilleton judiciaire à rebondissements, il fallait qu’on se réorganise pour rattraper le temps perdu. En outre, on avait un plan de restructuration pour l’entreprise. Des contraintes qui faisaient que l’heure n’était au sponsoring. Mais peut-être que, dans deux ou trois ans, on essayera de faire quelque chose dans ce sens. Nous sommes conscients que le sport au Burkina a besoin de soutien, et Telecel Faso l’accompagnera un jour.
Si ce jour arrive, qui bénéficiera de votre soutien ?
C’est l’étoile qui me le fera connaître, et j’échangerai avec mes collaborateurs (rires). Nous interviendrons là où on sera plus efficace. Le championnat ou une équipe des Etalons cadets, juniors et seniors, je répète que Dieu seul le sait.
On sait que vous êtes l’un des vice-présidents de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina dans la catégorie «commerce». A ce qu’on dit, vous vous prépareriez à conquérir la présidence de cette institution. Croyez-vous que vous pouvez assumer cette fonction ?
Avant de répondre à votre question, je voudrais qu’on ait tous en pensée, le souvenir du président
El hadj Oumarou Kanazoé de vénéré mémoire. Cela fait, je réponds sans hésiter : oui, je m’en sens capable. Depuis 1986, je suis à la Chambre consulaire et, aujourd’hui, cela fait neuf ans que je suis vice-président chargé du commerce. Je pense que le moment est venu pour moi d’entrer dans la danse. Sans me vanter, je pense que je peux apporter beaucoup à la jeunesse de mon pays, aux entrepreneurs, aux artisans et à tous ceux qui veulent aller de l’avant. Je suis dans le commerce depuis 1968 et j’ai une grande expérience que je voudrais partager avec mes plus jeunes frères.
C’est à quel moment que cette ambition a germé dans votre esprit ?
C’est après la disparition de notre cher président, El hadj Oumarou Kanazoé.
Des semaines après la cérémonie religieuse, je me suis dit que je pouvais continuer l’œuvre qu’il a laissée. Kanazoé était un homme probe et il m’avait séduit par sa façon de travailler ; et puis, il savait écouter les gens. Ma seule ambition est de servir la Chambre de Commerce, et je mettrai toute mon ardeur à réaliser parfaitement ce dont je serai chargé. Une autre impulsion s’impose parce que la jeunesse nous regarde.
On dit aussi qu’Alizèta Ouédraogo, qui a remplacé le défunt président, se prépare pour un autre mandat. En avez-vous eu vent ?
C’est la démocratie qui le veut ; quand on est seul dans une compétition, ce n’est pas intéressant. Je la respecte et elle est libre de se présenter. Pour ma part, je suis candidat et nous allons nous affronter. C’est une élection et, forcément, il y aura un vainqueur. Si elle l’emporte, je la féliciterai et la vie continuera. Si tout se passe bien, l’élection aura lieu dans dix mois. Il y a des régions où il nous faut des membres consulaires et, quand tout sera réglé, on passera sûrement à ce que vous savez déjà. J’ai travaillé pendant neuf ans aux côtés de Kanazoé et j’ai beaucoup appris.
Apollinaire est de quelle région du Burkina et quand est-il né ?
Je suis originaire de Koassa, à quelques encablures de Kombissiri, dans le Bazèga. Je suis né le 19 juillet 1953.
Avez-vous fait l’école dans votre village ?
Je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école. J’ai perdu mon père à cinq ans alors que j’étais au village.
Comment avez-vous évolué pendant tout ce temps ?
Je me suis formé à la dure école de la nécessité. J’ai appris des choses à force de côtoyer des gens, en travaillant et en voyageant. Aujourd’hui, je ne suis pas complexé, on n’apprend pas tout à l’école. Ma fierté, c’est de dire ce que je pense et ce que je veux tout en respectant bien sûr ceux qui ont fait l’école du Blanc. Mon étoile a peut-être commencé à briller dès l’âge de cinq ans, et je ne serai jamais complexé devant personne. J’étais un enfant plein de vie, que Dieu a guidé dans ses pas avec mes ancêtres.
Comment vous-êtes vous retrouvé à Ouagadougou ?
Je suis arrivé à Ouagadougou à l’âge de 12 ans grâce à un grand frère qui travaillait à la SOCOPAO. C’était en 1965 et, comme tous les villageois qui venaient dans la capitale à l’époque, j’ai exercé des petits métiers ; j’ai par exemple été cuisinier. Aujourd’hui (l’entretien a été réalisé le samedi 10 mars 2012), je suis allé saluer mon patron qui collabore avec votre journal. Il anime une rubrique chaque mardi chez vous, et je vais souvent lui rendre visite.
Voulez-vous parler de Charles Guibo qui écrit les élucubrations de Toégui ?
C’est bien lui ; j’étais son cuisinier (rires). C’est mon patron et j’ai fait deux ans avec lui. Charles Guibo, administrateur des postes aujourd’hui à la retraite, me connaît très bien, et il reste toujours mon patron (rires). Après, je suis parti de chez lui pour travailler avec Paul Ouoba, un ingénieur en télécommunications qui est décédé en 1985. Je cuisinais chez ce dernier et, en 1968, je devais recevoir le baptême. J’ai informé mon nouveau patron que je devais, pour ce faire, suivre des cours de catéchisme.
Il m’a dit : «Mouni, c’est ton problème. Si tu veux te faire baptiser, à partir d’aujourd’hui, il faut travailler avec le curé ou dormir à l’église». (Rires).
Quand j’ai ramassé mes affaires, j’ai décidé de ne plus être cuisinier, et j’ai commencé à aller au marché pour faire le collage des pneus. Après, je me suis retrouvé dans la vente des billets de loterie de 1968 à 1973. Petit à petit, j’ai réussi à faire des économies de 700 000 FCFA et poussières.
A la SOBCA, je rachetais des motos, des tôles et d’autres choses avec des fonctionnaires auxquels on octroyait des crédits et je les revendais à mon tour à des gens.
De la cuisine (rires), je deviens un revendeur et, le 5 janvier 1978, je suis allé au Nigeria d’où je suis revenu avec plus de 2000 motos. Je les revendais et j’en tirais des bénéfices, certain que ma persévérance finirait par payer. Avec mes économies, j’ai lancé Volta Moto et, en 1984, je l’ai rebaptisé Burkina Moto.
Dans ma vie j’ai beaucoup osé, parce que pour attraper 100 rats, il faut creuser 300 trous (rires).
Que voulez-vous dire par là ?
Vous ne savez pas ce qu’Apollinaire veut dire quand il parle de trous et de rats ? Je vois que vous n’êtes pas passé par où nous autres sommes passés pour s’élever dans l’échelle sociale, à la force du poignet. Eh bien, sachez que pour gagner quelque chose, il y a des jours où rien ne marche pour vous et des jours où la chance est de votre côté. (NDLR= A cela nous répliquons) :
- «Nous aussi, nous avons galéré à Abidjan avant de devenir ce que nous sommes».
- «Ah bon! Votre étoile vous a aussi guidé, mais je ne suis pas journaliste (rires). En ce qui me concerne, je n’ai jamais refusé de reculer et je suis passé par des boulots de toutes sortes (cuisinier, vendeur de cigarettes, vendeur de pneumatique, transporteur, etc.) pour gagner ma vie. Aujourd’hui, je suis dans la téléphonie mobile grâce à mon étoile qui a commencé à 5 ans à Koassa».(Rires).
Avec Charles Guibo, votre salaire était de combien ?
Il me payait 1500 FCFA par mois. Pour un villageois comme moi, j’étais content (rires).
A vous voir aujourd’hui, on peut affirmer que vous êtes un homme comblé.
Je ne suis pas le seul homme heureux au Burkina (rires). Ce que je sais de moi, c’est que j’ai forgé mon caractère et Dieu m’a aidé. Beaucoup de gens m’ont aussi soutenu, et je les remercie de tout cœur. J’ai l’habitude de dire aux jeunes qu’aujourd’hui il y a beaucoup plus d’opportunités qu’à l’époque. A notre temps, il n’y avait pas de banque qui puisse octroyer un crédit. Chacun avait son argent pour son commerce et, quand vous étiez coincé, il fallait attendre la vente de vos produits pour entreprendre un autre petit projet.
De nos jours, les possibilités sont là avec l’informatique, qui peut vous ouvrir des horizons. J’encourage les jeunes à foncer et à savoir que, pour gagner 100 rats, il faut creuser, je le répète, 300 trous (rires). Tant qu’un homme respire, sa mission n’est pas terminée sur terre. C’est pourquoi j’ambitionne d’être à la tête de la Chambre de Commerce pour leur ouvrir des perspectives. Quand je vais à mon bureau et que je vois tous ces jeunes qui vendent les cartes de recharge, je me rappelle mes débuts quand j’étais arrivé à Ouagadougou. Quand on commence quelque chose, il faut avoir foi en l’avenir, et la Chambre de Commerce peut les aider à progresser.
Vous n’étiez pas tenté à l’époque, comme bon nombre de Voltaïques, d’aller chercher un emploi en Côte d’Ivoire ?
Lorsque j’étais venu à Ouagadougou avec des jeunes qui avaient le même âge que moi, c’était effectivement pour faire une pièce d’identité et partir à l’aventure. Certains de mes compagnons de voyage ont réussi à partir en Côte d’Ivoire. Mais mon grand frère m’en avait dissuadé, et je suis resté. Mon étoile ne voulait pas que je parte là-bas (rires), et je suis heureux de mon succès dans le pays de mes ancêtres. Mais si j’avais réussi à partir, je serais peut-être devenu un plus grand commerçant qu’aujourd’hui.
La preuve, je suis actionnaire à MTN Côte d’Ivoire avec 25%. Là-bas, le chiffre d’affaires que cette téléphonie fait en deux mois, nous le faisons en un an ici.
Le nombre d’abonnés est élevé, et nous sommes en tête. Je ne vous cache pas qu’il y a de l’argent dans ce pays (rires). Je voudrais dire par là que les jeunes doivent se battre pour gagner leur place. Mais tout passe bien entendu par le travail et une bonne organisation. Sur la terre, il faut oser ; et si je vous ai raconté ma vie, c’est pour inciter les jeunes du Burkina à se réveiller parce que ce sont eux qui prendront le relais de ce que nous avons entrepris.
Entretien réalisé par Justin Daboné
Lobservateur.bf




